Nous étions encore au mois de janvier 2018 lorsque j’ai décidé de faire un tour dans le marché Dantokpa, le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest. Cette sortie, ce lundi matin, avait pour objectif de mieux apprécier la situation des femmes béninoises qui animent quotidiennement ce marché.

Il sonnait 9 heures à peine mais au bout de quelques minutes de marche, je croisai plus d’une vingtaine de petites filles dans les rues de ce marché.  Vous vous direz sans doute que ce n’est rien d’étonnant, ce n’est pas un fait nouveau. Possible, on a peut-être fini par s’y habituer. Mais en fait, ce qui a le plus retenu mon attention, c’est le visage que présentait chacun de ces enfants aux clients. Elles abordent avec une chaleur extraordinaire. Je décidai de me rapprocher d’une d’entre elles qui vendait des trousses à stylos et qui répétait sans cesse « kponwé kponwé, mi wlibonou biqui lê », ce qui signifie en français « 50F, 50F, prenez soin de vos stylos ». Heureuse que je m’adresse à elle, elle s’empressa de chercher à savoir ce que je voulais. Pour ne pas tuer en elle son élan de me servir, je lui ai pris quelques trousses. Entre le temps de lui remettre son argent et celui de prendre les trousses, je lui demandai pourquoi elle n’est pas allée à l’école. Avec un large sourire, elle m’a répondu : « je ne vais plus à l’école depuis l’année passée parce que j’ai repris deux fois le CE1 sans succès. On m’a donc renvoyée de l’école. Mon père n’est plus et ma mère n’a pas assez d’argent pour payer la scolarité à ses cinq (05) enfants. Elle m’a alors proposé de faire du commerce afin de pouvoir me payer plus tard une formation ». A peine a-t-elle fini de me parler qu’elle reprit de plus belle sa phrase « kponwé kponwé, mi wlibonou biqui lê ». J’avais la chair de poule en la regardant partir jusqu’à disparaitre dans la foule. Oui ! J’avais mal ; mal pour cette jeune fille d’à peine 10 ans mais qui se trouve dans l’obligation de travailler pour aider sa mère et faire des économies afin de réaliser un jour, son rêve d’être autonome.

Peut-on dire que les droits de cette fille sont violés ? Ne mérite-elle pas mieux pour son âge ? Face à toutes ces questions que l’on pourrait se poser, je retiens juste que face aux difficultés, cette fille choisit de résister.

Il est de notre devoir d’agir continuellement pour le mieux-être de toutes ces filles en dénonçant ces cas et en référant les orphelins et veuves en situation difficile vers les Centres de Promotion Sociale (CPS).

Irmine Fleury Ayihounton

Irmine Fleury Ayihounton

Béninoise née en 1995 à Cotonou. Spécialiste en Développement Communautaire - passionnée des questions de santé de reproduction, leadership et développement.

10 Comments

  • DJOSSA dit :

    Helas c’est la triste réalité de la vie au Bénin. Oui ces droits sont bafoués tout comme le droit de milliers d’enfants au Bénin. Et pourtant le code de l’enfant est clair: L’école primaire est obligatoire pour tout enfant jusqu’à l’obtention du Certificat d’Etude Primaire CEP ou tout au moins la classe de CM2

  • QUENUM dit :

    C’est avec grande attention que j’ai lu ce poste sur la vie de ces jeunes fille déscolarisés très tôt, et j’avoue que sans faire exprès en te lisant, tu m’a transmis ce état d’âme que tu ressentais pour cette jeune fille ce jour là.
    Il a tellement à faire pour ces filles, et il faudrait forcément commencé quelque part.
    Moi je propose que l’équipe d’Obin -rin essaye d’abord de recenser des personnes volontiers, disposé à contribuer(puisque c’est l’un des premiers élément) sur le plan Financier, Physique,Educatif ,Spirituel etc ne serait-ce que le minimum pour redonner espoir au rêve de ces jeunes filles.

  • GOUGLA dit :

    Je pense que c’est une situation délicate auquelle nous devons faire face pour que nos filles aient une véritable place dans la société. Elles méritent un encadrement comme tout le monde. Je finirai avec cette citation <>.

  • KADI Olukèmi dit :

    Sujet assez intéressant et qui nécessite que l’on prenne des mesures adéquates pour freiner ce fléau et tout au moins respecter le droit à l’éducation de ces enfants tel que stipulé dans le code de l’enfant. Oui, le code de l’enfant a décliné en plusieurs points les devoirs des parents/tuteurs face à la scolarisation des enfants mais il ne suffit pas d’en parler ou de les faire connaître; à mon avis il faut des mesures contraignantes pour vraiment obliger les parents à scolariser leurs enfants jusqu’à l’âge indiqué dans ledit code. Rendre gratuit les enseignements maternel et primaire c’est déjà un grand pas mais au delà de ça il faudrait mettre en place une stratégie de dénonciation ou signalisation afin de repérer les parents qui ne se conforment pas à cette règle.
    Juste pour citer un exemple, au Canada les parents ont l’obligation d’envoyer et de MAINTENIR les enfants à l’école jusqu’à l’âge de 18 ans ou jusqu’à la fin du secondaire ( l’enfant peut finir le secondaire avant 18 ans). Tout enfant qui manque les classes régulièrement ou qui l’abandonne pour une raison quelconque est signalé par les enseignants, les camarades ou les voisins au service de la police qui s’occupe des enfants et ceux ci mènent des enquêtes auprès des parents pour savoir ce qui se passe. Les parents peuvent être arrêtés s’ils sont coupables de l’abandon des classes par l’enfant et de toute façon l’enfant est réintégré à l’école pour poursuivre sa scolarité.
    Juste pour dire que chacun a son rôle à jouer dans l’atteinte de cet ultime objectif.
    Je sais par ailleurs que le Canada et le Bénin, c’est deux réalités différentes mais avec la volonté et la rigueur on peut y arriver au Bénin. De petites actions peuvent mener parfois à de grands changements durables.

    • Merci Olukèmi pour la lecture et les très belles idées que vous partagez avec nous.
      Comme vous l’aviez si bien dit « de petites actions peuvent mener parfois à de grands changements durables ». C’est notre plus grand souhait. Que par cet article beaucoup pensent et repensent à la situation de nos filles et qu’ensemble nous puissions agir pour leur mieux-être.

  • Koudahoua dit :

    *je retiens juste que face aux difficultés, cette fille choisit de résister.*

    Oui elles choisissent toutes de résister. Elles ont quoi dans la tête pour être si fortes? J’ai vécu deux expériences avec deux miniscules petites filles différentes dans les feux tricolores. Elles vendaient de l’eau.Je ne me suis sentie bien qu’après avoir pleuré en y repensant. Qu’est ce que je peux faire pour ces filles? C’est la question que je me pose sans cesse mais je ne trouve pas de réponse. Je demande juste à Dieu de m’aider à les aider. 😔

    • Merci à toi pour la lecture!
      Ca fait plaisir de savoir que beaucoup ont à coeur le mieux-être des filles vulnérables. Je te propose de faire un tour dans les CPS qui sont dans ta localité. Dans ces centres, il y a un programme pour les personnes vulnérables. Tu pourras prendre part à leurs séances et proposer des stratégies de prises en charge pour ces filles. Ou encore faire un tour dans les maisons d’accueil pour filles démunies.

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