J’ai rencontré en ce début de mois, une merveilleuse personne, pleine de vie et déterminée à conquérir le monde. Je la regarde, je l’écoute et je me rends compte que notre détermination constitue un atout dans l’atteinte de nos objectifs. Elle m’a dit « je ne suis pas une handicapée mais je suis une personne autrement capable ».

 

DJONKO TCHUENDEN Nadège est camerounaise âgée de 33 ans qui depuis 21 ans a perdu ses facultés visuelles suite à une erreur médicale. Victime de nombreuses discriminations, elle se bat quotidiennement pour sortir les personnes handicapées de leur isolement et œuvre pour la protection et la promotion de leurs droits fondamentaux.

Obinrin vous propose à travers cet entretien, d’aller à la découverte de Nadège.

 

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Diplomate en service au Ministère des Relations Extérieures au Cameroun,  Juriste – Ecrivaine – et Doctorante à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, je suis une grande activiste de la société civile pour la défense des causes des personnes handicapées. A ce titre, je suis la Secrétaire Générale Adjointe de l’Association Nationale des aveugles du Cameroun et membre du « Pan African Network of People with Psychosocial Disabilities ».

Comment as-tu réussi à atteindre ce niveau malgré ton « handicap » ?

La mobilité et l’accessibilité  sont mes deux grandes difficultés. Malgré ma bonne volonté et ma détermination, j’avoue que ce n’est pas facile. Je me suis fixée un objectif. Celui d’apporter une plus-value à la cause des personnes handicapées et d’inspirer d’autres à partir de mon exemple. Je n’ai pas eu beaucoup de choix ; j’ai été confrontée à bon nombre de difficultés dont les discriminations mais ma détermination était plus forte que les barrières. J’ai également un grand soutien de la part de ma famille ce qui me permet de ne pas me sentir très différente et de poursuivre mon objectif.

Quelles sont les discriminations qui t’ont le plus marquée ?

Après mon BEPC, je voulais faire les sciences mais on m’a imposé les séries littéraires parce qu’en science, il n’y avait pas de matériels adaptés pour moi. J’ai failli abandonner parce que je me suis rendue compte que ma société ne me considérait pas comme une personne normale capable de réussir mais une personne différente. Aujourd’hui, je suis diplomate et je ne regrette pas d’avoir fait les lettres. La seconde grande discrimination dont j’ai été victime, c’est sur le plan sentimental. J’ai rencontré un homme qui avait décidé de partager ma vie. On parlait mariage, famille et avenir mais malheureusement après quelques années, sa famille s’y est opposée à cause de ma déficience visuelle et il n’a rien pu faire pour défendre notre histoire. Ces deux grandes discriminations n’ont fait que renforcer ma détermination à réussir.

En référence à tes différentes actions, te sens-tu utile dans le processus de développement de ton pays ?

Oui je me sens utile parce que j’ai à mon actif beaucoup de réalisations. Je suis facilitatrice lors des séminaires sur les droits des femmes, des personnes ayant une déficience visuelle et sur le droit à l’éducation pour les jeunes filles, j’ai été observateur aux élections présidentielles en 2011 et je fais aussi la conception de projets.

J’ai aussi à mon actif, 3 livres.

  • L’arc-en-ciel, le premier est un livre qui symbolise non seulement l’avènement d’un temps meilleur après le déluge comme le signe de l’arc-en-ciel dans la Bible mais aussi la beauté de l’unité de couleur dans la diversité. Ce livre traduit l’acceptation de l’autre et l’espoir.
  • Les reflets de mon cœur est un livre qui parle de sentiments, d’amour et de patriotisme et j’appelle le monde à plus d’unité en Afrique. Il est assorti d’un CD qui est un récital de poèmes accessible aux personnes vivant avec un handicap visuel.
  • Sur l’autoroute, recueil de poèmes basés sur les valeurs culturelles de l’Afrique, éditées sur les éditions du Net. Il parle de la culture comme vecteur ou facteur d’émergence pour un pays et promeut la gouvernance rigoureuse.

Qu’est-ce qui t’inspire le plus ?

Ce qui m’inspire le plus, c’est d’abord ma relation avec Dieu qui est une relation personnelle ensuite il y a la nature et  enfin la société à travers les valeurs et les fléaux.

Obinrin : Un mot pour finir ?

Merci à Obinrin pour cette occasion que vous me donnez de pouvoir m’exprimer et de parler de la cause des personnes handicapées.

Irmine Fleury Ayihounton

Irmine Fleury Ayihounton

Béninoise née en 1995 à Cotonou. Spécialiste en Développement Communautaire - passionnée des questions de santé de reproduction, leadership et développement.

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