J’ouvre la rubrique « mon histoire » avec l’histoire de dame Alima, âgée de 26ans, pas parce qu’il s’agit ici de l’histoire la plus poignante mais parce que notre rencontre a été un facteur déterminant dans le lancement de ce projet. Pendant que j’étais prête à abandonner ce projet pour lequel je consacre du temps depuis octobre 2017, sa rencontre très difficile m’a davantage fait comprendre combien les obstacles ne devraient constituer en rien une barrière pour l’accomplissement de nos rêves. Bref, qui est-elle, et quelle est son histoire ? Par le biais de Obinrin, Alima se confie.

[blockquote align= »right » author= » »][/blockquote]Je résidais à Djougou avec mon fils Nabil. A la recherche d’un mieux-être, j’ai rejoint un parent à Akpakpa Abattoir où j’ai rencontré mon conjoint qui a accepté me prendre pour épouse avec mon garçon. Notre vie de couple dès le début n’était pas très enviable car mon mari est un alcoolique. Cependant, je m’y suis adaptée dans l’espoir de connaître un jour le bonheur.

Cela fait déjà 05 ans que nous sommes ensemble et nos disputes tournent généralement autour de l’argent qu’il me donne pour la cuisine. En moyenne, je recevais au cours de 3 premières années 300f par jour pour le nourrir, me nourrir et nourrir mon fils. J’y ai mis toute mon économie mais à un moment donné, je n’avais plus rien. C’est à ce moment précis que commencèrent nos véritables problèmes.

Un soir où il est rentré avec des condiments me demandant de lui faire à manger, je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas tout ce dont j’avais besoin pour la cuisine. Je le lui ai notifié mais il l’a mal pris et m’a donné une gifle m’ordonnant de me taire. Je n’ai pu me contenir, mes cris s’amplifiaient et c’est à ce moment qu’il saisit le couteau et voulut me poignarder. C’est grâce aux voisins alertés par mes cris que j’évitai ce drame. Ces derniers sont intervenus et ont réussi à nous calmer. Le lendemain matin avant de quitter la maison, il m’a tendu un billet de 500f pour la cuisine. Je lui ai fait comprendre sur le champ que l’argent ne pourrait suffire car je dois acheter du savon. Cette phrase a déclenché sa colère et place aux insultes. Mais j’en avais marre cette fois, marre qu’il fasse allusion à ma mère dans les insultes. J’étais révoltée et je n’ai pu m’empêcher de lui adresser les mêmes insultes. Il m’a sérieusement battu et je n’ai pu me défendre. C’était devenu mon quotidien.

C’est dans cette atmosphère que je suis tombée enceinte de lui. Malgré mon état, rien n’a changé. Il me battait toujours et me laissait des cicatrices sur le corps. Je n’ai été en consultation prénatale qu’une seule fois malgré la situation que je vivais au quotidien. La veille de mon accouchement, il m’avait encore battu avant d’aller se coucher. A 3h du matin, j’avais très mal, je sentais de fortes douleurs et je l’ai réveillé pour qu’il me conduise à l’hôpital mais il a spontanément refusé sous prétexte qu’il faisait nuit. Malgré mes supplications, il n’a pas changé d’avis. Pis, il s’est mis encore à m’insulter et ensuite a quitté la maison. J’ai dû réveiller ma sœur qui est venue rester avec moi pour qu’elle m’amène à l’hôpital. Nous sommes allées dans une clinique à côté mais le médecin de garde a refusé de m’admettre en salle d’accouchement parce que je n’ai fait qu’une seule consultation prénatale.  Nous nous sommes donc dirigées vers l’Hôpital de Zone de Suru Léré Kowégbo, mais c’était trop tard. J’ai accouché sur le pavé qui mène à l’hôpital cette nuit aux environs de 4h. Le placenta n’est pas sorti. Ma sœur a tout fait pour le retirer mais n’ayant pas réussi, j’ai été conduite de toute urgence à l’hôpital. Quand j’ai repris conscience j’avais mon bébé tout nu à côté de moi, le placenta a été finalement retiré. Ma sœur a contacté mon mari pour l’en informer mais ce dernier est resté indifférent à la nouvelle. Quand il nous a finalement rejoint, il ne voulait pas payer les frais relatifs aux soins que j’ai reçu. Il a fallu que les médecins le menacent pour qu’il paye les 8000f.

Quand nous sommes rentrés, je l’ai sollicité pour acheter des vêtements pour le bébé et il m’a tendu une pièce de 200f. Je n’avais que mes yeux pour pleurer. C’est grâce aux personnes de bonne volonté que j’arrive à prendre soin de mes enfants. Aujourd’hui, je n’attends plus vraiment rien de lui, je fais la lessive de maison en maison pour nourrir mes enfants et moi.

Une fois, avec l’aide des voisins, j’ai voulu le dénoncer mais arrivée au commissariat, on m’a demandé de repasser le lundi suivant pour une raison que j’ignore. Je n’y suis plus allée parce que j’ai très peur de ce qu’il me fera quand il va l’apprendre.

Tout aurait été différent si j’avais su faire un bon choix.[blockquote align= »left » author= » »][/blockquote]

Irmine Fleury Ayihounton

Irmine Fleury Ayihounton

Béninoise née le 12 Avril à Cotonou, je suis Spécialiste en Développement Communautaire et je poursuis actuellement une maîtrise en santé publique à l'Université de Montréal. Je m'investis au quotidien sur les questions de santé de reproduction, de leadership et développement des filles et femmes d'Afrique.

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