13 dossiers de crimes sexuels dont 6 concernant les cas de viol sur mineures figurent sur la liste des 33 dossiers inscrits pour le compte de la première session de la cour d’assises au titre de l’année 2018. Ces chiffres reflètent l’ampleur du phénomène au Bénin. A cette occasion, l’équipe d’Obinrin s’est intéressée aux différents cas de viol.

Le tabou autour de la sexualité, la peur du jugement de même que la préservation de l’honneur familial ont longtemps été des raisons évoquées par nombre de victimes et leurs parents afin de garder secret les différentes sortes de violences enregistrées sur les filles et les femmes. Ce qui a sans doute encouragé les auteurs à continuer sur cette lancée. Aujourd’hui, en référence aux dossiers déjà examinés par la cour, notamment les 11ème et  14ème, l’on peut se réjouir des décisions rendues par la Cour d’appel de Cotonou renouvelant ainsi l’engagement du Bénin à rendre justice aux victimes de ces différentes violences sexuelles.

Deux décisions remarquables

Le 11ème dossier est relatif au cas de S.M., âgée de 13ans 4mois au moment des faits en novembre 2007. Victime de mariage forcé, de séquestration, de traite d’enfant et de viol, ce n’est qu’en 2012, après plusieurs années de souffrances, que prendra fin son calvaire avec 2 enfants issus de ce ménage. Cinq années de souffrance et de traumatisme dans un village inconnu, cinq années de relations sexuelles non consenties et de sévices; c’est ainsi que S.M. a traversé sa période pubertaire. En fin de compte, en référence au code pénal et à la loi 2006-04 portant répression de la traite des enfants, l’auteur du crime a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle.

Le 14ème dossier est celui d’A.C., âgée de neuf ans au moment de l’acte en novembre 2013. Cette jeune fille a, lors d’une sortie, fait escale au domicile d’un de ses clients, dans le but de se faire payer la somme de 50 F CFA, représentant le prix de maïs bouilli acheté et resté impayé par ce dernier. Contre toute attente, elle a été invitée dans une case où des rapports sexuels lui ont été imposés.  A neuf ans, cette fillette perd sa virginité dans des conditions douloureuses lui laissant des souvenirs qu’elle se contentera d’essayer de refouler toutes les fois où elle devra passer à l’acte. Enfermé depuis 2013 peu après avoir commis son forfait, l’auteur du forfait a été reconnu coupable et condamné à 5 ans de travaux forcés en référence au Code pénal et à la loi 2011-26 du 9 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes en République du Bénin.

 

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Il n’y a pas de doute qu’une vie entière ne suffira pas pour réparer le mal causé à ces filles. Comme pour dire que les auteurs de ces nombreux crimes mériteraient bien plus comme sentence. Mais, c’est déjà très important de savoir que ces crimes ont été véritablement punis. Si cela est à l’actif de la justice béninoise,  ça l’est davantage pour les victimes et leurs parents qui comprennent la nécessité de dénoncer ces cas de violences, autant pour que les auteurs et autres complices soient punis mais également pour aider à la prise en charge médicale et psychologique des victimes.

Désormais, une nouvelle page s’ouvre pour S.M. et A.C. qui devront, vaille que vaille, laisser au passé cette douloureuse étape de leur vie afin de réécrire leur histoire en renforçant donc leur estime de soi.

Par le biais des deux cas sus-évoqués, la justice laisse ses portes grandement ouvertes à qui voudrait y venir et met en garde les auteurs de violences sur mineures.

Irmine Fleury Ayihounton

Irmine Fleury Ayihounton

Béninoise née en 1995 à Cotonou. Spécialiste en Développement Communautaire - passionnée des questions de santé de reproduction, leadership et développement.

2 Comments

  • Urbain DAVI dit :

    C’est une chose de commettre une infraction, je dirai les plus ignobles qui portent atteinte à la dignité humaine et laissant des traces à vie sur plusieurs plans aux victimes …
    Justice rendue, une satisfaction !?
    Oui, même si elle semble ne pas totalement apaisée, elle vient combler tout au moins un vide, un sentiment et laisse entendre une voix répressive à qui de droit mais aussi un recours par excellence à toutes victimes, levant un équivoque, celui de l’impartialité, de l’injustice.

    Félicitations Fleury Irmine pour l’initiative salutaire à la lutte contre la cruauté, la criminalité au sein de la couche infantile, juvénile…

    Urbain DAVI

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